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Le grand Orgue

Après la suppression du chapitre de la Sainte-Chapelle du Palais et la fermeture de l’édifice royal le 12 juillet 1790, le grand orgue qui s’y trouvait est alors racheté par la paroisse de Saint-Germain l’Auxerrois, puis démonté et remonté en cette église en juillet 1791. Comme d’autres paroisses parisiennes rescapées de la tourmente, celle-ci se voit aussi attribuer des tuyaux provenant d'autres grands orgues. Ces transferts sont destinés à augmenter l’instrument, qui est désormais appelé à sonner dans un vaisseau d’une tout autre ampleur.

La grand orgue

Henri de Roan-Csermak - © DR

Titulaire du grand orgue et de l’orgue de choeur de Saint-Germain l’Auxerrois, expert et musicologue, Henri de Rohan-Csermak a été l’élève de Michel Bouvard et André Isoir aux Conservatoires de Toulouse et de Boulogne, avant de se perfectionner auprès de Marie- Claire Alain au Conservatoire Supérieur de Paris (CNR).

Professeur au Conservatoire de Béziers, puis professeur agrégé de musique et chargé de cours à l’université de Paris IV-Sorbonne, il s’est fait connaître pour ses recherches sur la facture d’orgues et la musique du XIXᵉ siècle, dont témoignent plusieurs publications, entre autres sur les manufactures d’orgues Théodore Puget et Aristide Cavaillé-Coll ; il collabore ainsi à la première édition critique de l’oeuvre d’orgue d’Alexandre Boëly (éd. Publimuses) et au Dictionnaire de la musique du XIXᵉ siècle, sous la direction de Joël-Marie Fauquet chez Fayard.

Conseiller pour les orgues de l’Ariam Île-de-France depuis 2005, il est expert à ce titre pour les restaurations et constructions d’orgues auprès du Conseil régional et des Conseils généraux de l’Île-de-France.

En décembre 2009, il est nommé inspecteur général de l’éducation nationale pour l’histoire des arts. Il siège au Haut-Conseil des Musées de France.

Invité de nombreuses saisons de concerts en France et en Europe, il est titulaire honoraire du grand orgue de la cathédrale de Béziers. C’est en 2002 qu’il devient le lointain successeur de Boëly comme titulaire du grand orgue de Saint- Germain l'Auxerrois.

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Histoire

Dès son transfert à Saint-Germain l’Auxerrois en 1791 depuis la Sainte-Chapelle, le grand orgue de la paroisse royale, puis impériale, du Louvre a connu une histoire mouvementée.

L’instrument, cadeau royal à la Sainte-Chapelle, était l’œuvre du plus grand facteur de l’époque, François-Henri Clicquot, construit en 1771 sur un dessin audacieux de Pierre-Noël Rousset (1752), dont le plan en hémicycle et le vocabulaire déjà presque néoclassique en font l’un des tout premiers exemples d’un style nouveau qu’on appellerait un jour "Louis XVI". Il avait été précédé à Saint-Germain l’Auxerrois par un orgue médiéval "en nid d’hirondelle" dont, entre autres, Eustache du Caurroy et Louis-Claude Daquin furent titulaires.

Pour être installé à Saint-Germain l’Auxerrois, l’orgue de la Sainte-Chapelle fut augmenté d’éléments issus des orgues détruits de la collégiale Saint-Honoré (autre instrument de Clicquot) et de la chapelle de l’École militaire (par Lépine).

Remanié par Dallery en 1820 et surtout en 1840, il est profondément restructuré par Ducroquet en 1848, puis encore légèrement transformé par Joseph Merklin en 1864.

Le buffet est classé monument historique dès 1862 et la partie instrumentale en 1981.

Gran Orgue : détail - © Tekoaphotos

Avec les nombreux éléments (le plus spectaculaire étant le Grand Jeu) qui subsistent du XVIIIᵉ siècle et se détachent sur un fond à la couleur romantique, le grand orgue de Saint-Germain-l’Auxerrois est indissociable de la figure attachante d’Alexandre Boëly (1785-1858), son plus illustre titulaire, qui en fit un acteur de la découverte de Bach en France Alexandre Boëlyet, plus largement, de l’acculturation parisienne d’une école germanique (Haydn, Mozart, Mendelssohn, Beethoven) à laquelle il se sentait profondément apparenté, tout en se montrant le dernier héritier de la tradition classique française. Camille Saint-Saëns et César Franck, entre autres, vinrent le voir jouer et recueillir son enseignement. Cela n’empêcha pas qu’au grand scandale du monde musical, Boëly fût renvoyé par son curé en 1851, coupable qu’il était de ne s’être pas montré assez pliable aux goûts peu instruits de son clergé. Ce denier lui préféra un jeune maîtrisien de seize ans, Eugène Vast, qui allait occuper la tribune pendant plus d’un demi siècle – et, par ailleurs, devenir un musicien fort estimable. Il eut pour successeurs au fil du XXᵉ siècle Marcel Rouher, Maurice Le Boucher, Jean Pergola, Michel Chapuis, Léon Souberbielle, Ricardo Miravet et, depuis 2002, Henri de Rohan-Csermak. Muet entre 1995 et 2005, cet orgue célèbre a retrouvé en partie la jeunesse de ses timbres, grâce au travail de relevage défini par le technicien-conseil Éric Brottier et accompli en 2008 par l’équipe du facteur d’orgues Laurent Plet, qui entretient l’instrument. Néanmoins, encore intacts depuis 1864, ses éléments mécaniques, sa soufflerie et ses sommiers restent extrêmement fragiles : l’orgue de Saint-Germain l’Auxerrois attend toujours la restauration d’envergure qui lui demeure indispensable. Vous pourrez télécharger, avec l’accord gracieux de l’ARIAM Île-de-France, la fiche technique rédigée par Pierre Dumoulin et actualisée par Henri de Rohan-Csermak pour l’inventaire régional des orgues de l’Île-de-France. Nous remercions Mme Bernadette Grégoire, directrice générale de l’ARIAM, pour son aimable autorisation.

HRC
Document à télécharger
  • Fiche technique (Pierre Dumoulin, actualisée par Henri de Rohan-Csermak)