Accueil Les sacrements : la confession

La confession - © Quitterie de Castelbajac "Il est appelé sacrement de confession puisque l’aveu, la confession des péchés devant le prêtre est un élément essentiel de ce sacrement. Dans un sens profond ce sacrement est aussi une "confession", reconnaissance et louange de la sainteté de Dieu et de sa miséricorde envers l’homme pécheur." (Cec 1424) Le sacrement de réconciliation est l'un des deux sacrements de guérison proposés par l'Eglise, l'autre étant l'Onction des malades, plus orienté vers la guérison physique. C'est un sacrement qui recrée l'homme à l'image de Dieu et qui touche donc ce qu'il y a de plus profond dans l'être humain, bien au-delà de son psychisme. L'absolution ne peut être donnée par le prêtre qu'après l'aveu des péchés et la "ferme résolution" de ne plus offenser le Seigneur.

"Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés"
(Psaume 31)

LX
Comment se confesser ?

La confession n'est pas une introspection, un retour sur soi-même. C'est sous le regard de Dieu que l'on confesse ses péchés. Autrement dit l'Ecriture Sainte doit servir de référent. Il faut donc préparer sa confession à la lumière de la Parole de Dieu. D'où l'importance de la lire et de la méditer.

Comme l'homme est créé à l'image de Dieu trinitaire, ce sont donc les relations à Dieu, aux autres et à soi-même qui sont blessées par le péché. L'examen de conscience consiste à mettre au jour tout ce que nous avons commis de mal dans ces trois dimensions.

Le "péché mortel" introduit une coupure radicale entre Dieu et le pécheur qui a choisi, librement et lucidement, de comettre un péché grave (meurtre, adultère, apostasie, blasphème...).

Des petits guides sont souvent mis à disposition des fidèles pour les aider à faire leur examen de conscience (cf. exemple).

Bourguereau - En pénitence, © D.R.
Les actes du pénitent

- la contrition : c'est la première étape qui se manifeste par "une douleur de l'âme et une détestation du péché commis" (Cec 1998). La "contrition parfaite" est une prise de conscience qu'on a blessé l'Amour plus ou moins gravement. Sinon on parle "d'attrition" qui est la simple conscience d'avoir fait le mal,

- l'aveu des péchés : Dieu pardonne des péchés concrets. Il convient donc de situer le péché avoué dans son contexte. Cette étape de l'aveu doit être sobre : on confesse ses péchés et non ceux des autres,

- la satisfaction (ce que nous acquittons) : "Beaucoup de péchés causent du tort au prochain. Il faut faire le possible pour le réparer (par exemple restituer des choses volées, rétablir la réputation de celui qui a été calomnié, compenser des blessures). La simple justice exige cela. Mais en plus, le péché blesse et affaiblit le pécheur lui-même, ainsi que ses relations avec Dieu et avec le prochain. L'absolution enlève le péché, mais elle ne remédie pas à tous les désordres que le péché a causés." (Cec 1998) Le prêtre, après une exhortation et avant l'absolution, propose une pénitence, proportionnée aux péchés avoués. La pénitence n'est pas une punition : elle vise le bien du pécheur contrit. Elle doit être vue comme une aide à la conversion.

Le terme "aveu" reste chargé de connotations négatives : passer aux aveux, extorquer ou arracher des aveux sont des expressions qui appartiennent à ce registre des violences faites par/ou à l’homme. Bon gré, mal gré "avouer" signifie un arrachement de ce qui gît au plus profond de l’être, pour l’amener à la lumière ou dans toute autre sphère qui n’est plus celle du pur privé, de la solitude. L’aveu, précise le Petit Robert, c’est l’acte de reconnaître certains faits plus ou moins pénibles à révéler. Paradoxalement on dira d’un homme qu’il "avoue son amour" à une femme. S’il est donc pénible de dire une si belle chose – qu’en sera-t-il alors des laides ? – c’est que le ressort de l’aveu doit trouver ses racines en un point très vulnérable de l’être.

Dans le sacrement de réconciliation, l’aveu tient une place charnière et nécessaire que l’histoire de ce sacrement a toujours maintenue invariablement alors même qu’il a pu être récemment contesté avec le développement, dans certains lieux, de "l’absolution collective".

L’Église l’a toujours voulu sincère et, relativement rapidement, secret. Quand le sacrement de réconciliation s’appelait simplement "confession" il signifiait sans doute beaucoup plus fortement son ressort nucléaire ; en ce sens il aurait bien pu se dire "sacrement de l’aveu". Sans oublier sa seconde dimension, laudative, comme le rappelle le catéchisme (Cec 1424)

Il est peut-être symptomatique que notre époque ait porté l’accent, quant à l’appellation même du sacrement, sur la réconciliation ou le pardon qui sont, en première approche, la conséquence de l’aveu porté par la contrition. C’est ainsi dire que l’aveu personnel des fautes – des péchés en termes chrétiens – s’avère, en fin de comptes, beaucoup moins simple qu’il n’y paraît.

I – L’aveu : dimensions anthropologiques
1 – Ce qu’est, et n’est pas, l’aveu
a. Forme positive

Après une faute ou une offense faite à quelqu’un, l’homme qui s’engage dans le chemin du repentir est amené, dans un premier temps, à en faire l’aveu à lui-même. Ce travail lui permet d’objectiver son acte, d’en saisir l’étendue, tout au moins jusqu’où peut porter sa propre vue. C’est un temps d’appropriation qui met en lumière une responsabilité, c’est-à-dire, au sens étymologique le fait "d"épouser une chose" : reconnaître que l’on a fait sienne la chose abominable, qu’on l’a épousée. Mais cette première étape peut rester sans suite. L’aveu à soi-même débouche alors sur un auto-jugement plus ou moins négatif, qui pourra prendre place entre ces deux extrêmes : juger la faute comme impardonnable ou comme une simple erreur. Quoiqu’il en soit l’homme qui s’auto-juge se ferme au pardon, au regard que l’autre pose sur son acte : il devient pour lui-même personnification du mal.

De telles situations enferment et, d’une certaine manière, engagent l’homme dans la pesanteur d’une culpabilité toujours croissante, voire dans la schizophrénie puisqu’il trouve en lui le coupable et le juge. La faute passée est, en réalité, toujours présente et vivante, et polarise toutes les énergies. Au contraire, celui qui accepte d’avouer à l’autre, marque une coupure avec son passé au sens où il consent à en faire le deuil et, peut-être un jour, à en faire mémoire positivement.

Celui qui s’offre au jugement extérieur n’est déjà plus celui qui a commis la faute : l’aveu permet de renouer passé et futur, d’ouvrir un avenir en laissant la place pour un pardon éventuel. Le moment de l’aveu est toujours apprécié comme un moment très dense, un collapsus de tout l’être. Est-ce cela que les Reality Shows tentent de capter ? Il est certain que la médiatisation de l’aveu joue comme exorcisme mais le problème est beaucoup plus vaste…

b. Parodies de l'aveu

L’aveu, enfin, n’a rien à voir avec une autocritique publique. Cet énoncé de "fautes" commises contre quelque système cœrcitif, éventuellement politique, comme cela a pu se pratiquer abondamment dans les tribunaux marxistes, est une parodie d’aveu.

On ne saurait donc parler de l’aveu que comme un acte libre qui engage l’homme tout entier – et non pas seulement au plan des idées – en particulier dans sa dimension spirituelle. Comme le dit le Père J.-C. Sagne "un aveu sous la contrainte devrait porter un autre nom car il est la perversion absolue de l’aveu véritable." Haut

  • Le procès de l'aveu, Jean-Claude Sagne, p.149, in La Maison Dieu n°117 Haut
2 – L'aveu en deux temps

L’aveu se décompose en deux temps, en général relativement courts. Mais la durée qui les sépare peut être très longue :

- le premier moment (le jugement de conscience) est celui de la reconnaissance de l’acte posé et de ses conséquences. C’est un temps de délibération intérieure qui conduit à "faire la vérité", à se reconnaître auteur de la faute. Par là même le fauteur doit en arriver à assumer l’acte et ses conséquences, passées, présentes et à venir, et à accepter, en particulier, l’acte réparateur qu’on pourra lui demander,

- le second moment constitue l’aveu au sens propre, en tant qu’énonciation à un autre. Le témoin – ce peut être l’offensé lui-même – recueille cette parole qui objective la démarche du coupable. Ainsi, celui qui avoue mène à son terme le processus qui fait passer de la délibération à la libération. Non pas que la faute ne lui soit plus imputable mais celle-ci ne fait déjà plus corps avec lui : il sort ainsi de cette assimilation redoutable pécheur/péché. Pour lui-même comme pour les autres, la "part des choses" peut se faire qui conduit à terme le coupable à réintégrer la communauté, à retrouver sa dignité. Il reste, normalement, que l’aveu ne constitue en soi que l’étape nécessaire en vue du pardon. Haut

3 – L'aveu est un acte de parole

Si l’aveu n’était qu’une transmission d’information à un tiers, il n’aurait aucun pouvoir libérateur. Or il possède une efficacité propre dans l’ordre de la relation et peut même toucher le somatique en remédiant à des dysfonctionnements introduits par une culpabilité qui, littéralement, "ronge" l’homme. C’est un acte de parole, performatif. Secrètement, il peut solliciter l'aide de celui qui le reçoit.

Dans la mesure où, justement, l’aveu permet à l’homme de reconnaître sa liberté, d’être ce qu’il est en vérité, il devient chemin vers la vie. Vie dont on peut, dès lors, attendre une fécondité. Haut

4 – Un acte fondamental au cœur des relations familiales

Au sein de la cellule familiale, l’aveu joue un rôle important comme le montre Jean Lacroix. Car dans cet acte s’expriment, unifiés, les paradoxes de la nature humaine : grandeur et misère, amour et faute, intériorité et extériorité, intimité et sociabilité. Quand deux êtres s’aiment, leur attitude profonde de face à face, qui engage cœur et corps, est celle de l’aveu : à tout instant chacun se présente tel qu’il est. Il n’y a que dans la lumière de l’amour où l’aveu, c’est-à-dire la révélation de tout l’être, reste étranger à la honte – "Or tous deux étaient nus, l'homme et sa femme, et ils n'avaient pas honte l'un devant l'autre." (Gn 2,25) – mais non pas forcément à la douleur. Haut

  • Forces et faiblesses de la famille, Jean Lacroix, p. 54-63, Ed. Seuil, 1975 Haut
5 – Deux dérives classiques

Il y a des aveux qui ne s’inscrivent ni dans une perspective de pardon, ni dans celle d’une aide véritable pour laquelle le destinataire est sollicité. On repère généralement deux types de comportement pathologique qui dénaturent le sens de l’aveu :

- le scrupuleux, celui dont la culpabilité atteint au pathologique, en est le premier exemple. L’aveu hémorragique trouve sa source dans un refoulement que la psychanalyse aura éventuellement pour mission de mettre à jour,

- il existe également des personnes – souvent séductrices – aux structures psychiques plus ou moins perverses qui nécessitent, pour le témoin – s’il n’est pas l’homme de l’art – de recevoir "leurs secrets" avec prudence. Car il y a toujours un certain risque à s’en faire, malgré soi, complice. Et d’entrer ainsi dans une relation malsaine, voire impossible à maîtriser et dont on ne sait plus que faire. Haut

6 – La honte et l'aveu

Il peut exister des cas difficiles pour lesquels, à vue humaine, l’aveu semblera problématique. En particulier quand l’homme est submergé par la honte : "certaines situations se sont produites dont la mise en mots est impossible du fait de la forte honte qui les a accompagnées… Les hontes les plus graves sont liées à des situations indicibles partagées avec un tiers et définitivement condamnées au secret par la disparition de ce tiers. En tant que thérapeute, Serge Tisseron insiste sur le fait qu’un psychanalyste doit être non seulement attentif à la honte qui se dit "mais aussi à celle qui ne peut l’être". C’est en "valorisant" la honte (c’est-à-dire laisser entendre au patient "vous pourriez ne pas avoir honte") qu’on lui donne la possibilité de s’énoncer, de l’objectiver : "Si quelqu’un a honte c’est qu’il peut s’imaginer autrement. C’est cette capacité de changement qu’il faut valoriser en lui, afin d’encourager son dégagement de la situation vécue avec honte." (st2)

Ces quelques repérages permettent maintenant de réexaminer l’aveu dans une perspective chrétienne, notamment au sein du sacrement de réconciliation. Nous retiendrons que l’aveu se décompose en deux temps, qu’il peut être chargé d’intentions captatrices, que le témoin est censé le recevoir objectivement et que, plus qu’un acte occasionnel ou isolé, il s’inscrit comme une "attitude" fondamentale de l’être face à l’amour. Nous avons vu que, comme acte de parole, il est porteur d’une efficacité propre qui, à simple vue humaine, se manifeste par une libération, un "poids" enlevé. Haut

  • • La Honte, Serge Tisseron, p. 29-30, Ed. Dunod, 1998 Retour §
  • • ib. p. 149 Retour §
II – L’aveu dans le Nouveau Testament

Le problème de l’aveu personnel des péchés ne se pose pas explicitement dans l’Ancien Testament car, dit saint Thomas :

Alors n'avait pas encore été institué le pouvoir des clés, qui dérive de la Passion. Il n'y avait donc pas encore de prescription demandant au pécheur de joindre à la douleur de ses fautes la ferme résolution de se soumettre par la confession et la satisfaction au pouvoir ecclésiastique des clés, dans l'espoir d'obtenir son pardon par la vertu de la passion du Christ. [ST III.84.7.s2]

Et, dans le Nouveau Testament, ainsi que le rappelle le Vocabulaire de théologie biblique, à l’article "confession" :

L’aveu des péchés à un homme ayant reçu le pouvoir de les pardonner ne semble pas attesté dans le Nouveau Testament : la correction fraternelle et la monition de la communauté visent d’abord à faire reconnaître par le coupable ses torts extérieurs (Mt 18,15+) : la confession mutuelle à laquelle convie Jc 5, 15+ s’inspire peut-être de la pratique juive, et 1Jn 1,9 ne précise pas la forme que doit prendre l’aveu nécessaire. Toutefois la confession de ses péchés est toujours le signe du repentir et la condition normale du pardon.

Il peut sembler étonnant de ne pas trouver, dans les évangiles, de mention d’aveu précis des péchés fait à Jésus. Aussi bien pour Zachée que pour "la femme adultère" ou pour "la pécheresse pardonnée", il n’y a aucun aveu explicite d’un péché qui conditionnerait le pardon offert. Même quand Pierre s’avoue pécheur (Lc 5,8), il n’énonce aucun péché particulier.

Cependant, l’absence d’aveu verbalisé ne signifie pas pour autant que toute autre forme d’aveu ne soit pas manifestée. On peut repérer, à défaut d’aveu "proprement dit", des attitudes de confession :

- dans le cas de Zachée (Lc 19,8), celui-ci fixe lui-même le montant de la réparation pour ses péchés ! Cette conclusion, inspirée par sa rencontre décisive avec Jésus, induit qu’il y a eu en lui une démarche de contrition réelle : l’aveu reste implicite,

- dans le cas de la pécheresse pardonnée (Lc 7, 36-50) ce sont ses pleurs et tous ses gestes d’amour qui tiennent lieu d’aveu par le grand repentir qu’ils manifestent : "A cause de cela ses péchés, ses nombreux péchés lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour" (Lc 7,47). Ces gestes, au même titre que l’ensemble aveu et contrition, sont la cause de pardon,

- avec la femme adultère (Jn 8,3-11), à l’évidence le flagrant délit tient lieu d’aveu. La femme ne conteste rien et reste silencieuse : elle s’accuse par son silence. Pour saint Thomas c’est la grâce du Christ qui fait naître en elle la contrition :

C'est grâce au privilège personnel de son pouvoir d'excellence que le Christ a pu concéder à la femme adultère l'effet du sacrement de pénitence, la rémission des péchés, sans le sacrement, mais non sans les sentiments de pénitence intérieure que lui-même, par la grâce, a fait naître en cette femme. (ST III.84.5.s3)

En l’homme, de même et analogiquement, des "pharisiens" veulent mettre à mort l’âme prise en flagrant délit de péché. Beaucoup de voix le feraient désespérer :

Tout le jour, ma déchéance est devant moi,
la honte couvre mon visage,
sous les sarcasmes et les cris de blasphème,
sous les yeux de l’ennemi qui se venge. (Ps 43)

La femme adultère trouve son salut parce qu‘elle reste seule avec Jésus, quand tous ses accusateurs sont partis. Pour le prêtre l’image est signifiante : l’absolution ne peut être envisagée collectivement : il y a un temps nécessaire où le pénitent doit rester seul avec le Christ, objectivement représenté par son ministre ordonné. Au final il n’y a pas de condamnation mais, au moins, une évidence : le pécheur ne peut s’en sortir seul,

- dans la parabole des deux fils (Lc 15,11-32), le prodigue formule un aveu : "Père j’ai péché contre le Ciel et envers toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils" (Lc 15,21). Le père l’entend inconditionnellement : le prodigue est restauré dans sa dignité de fils instantanément. Il n’a rien à rembourser et n'a pas à s’humilier d’avantage, ni à entendre quelque reproche, alors que la gravité de son cas était extrême : "mon fils que voilà était mort" : expression forte, équivalente au "péché mortel". La réparation qui plaît à ce père c’est d’être comblé de joie et de la partager, ce que ne comprend pas l’aîné…

Il reste enfin certain que le Christ avait une vision claire des cœurs. Il ne pouvait remettre les péchés sans que le pécheur en ait eu le désir, sans qu’il ait vu en son cœur une ouverture à la contrition, voire à une "contrition parfaite" (quand on a pleinement conscience d'avoir blessé la Charité). Plus vraisemblablement encore la personne qui se trouvait en présence de la sainteté du Christ ne pouvait que reconnaître, dans cette lumière-là, ses nombreux péchés illuminés par l’amour. Mais beaucoup d’autres, illuminés de la sorte, se sont, au contraire, endurcis et ont envoyé Jésus à la Croix. Haut

III – L'aveu dans le sacrement de pénitence

C’est à partir du moment où la confession commence à se "privatiser" que l’aveu acquiert une grande importance. Le pôle le plus lourd, le plus onéreux de la pénitence antique et même de la pénitence tarifée, était incontestablement la satisfaction.

1 – Aspects historiques

Il faut attendre le 5ᵉ siècle pour que la pratique de la confession publique des fautes soit fermement remise en cause. D’une part, parce que la honte s’avère dissuasive pour beaucoup, d’autre part, parce que le pénitent s’expose ainsi à subir directement les sanctions de la loi civile. Léon le Grand porte un coup fatal à cette pratique, dans une lettre adressée aux évêques de Campanie, en 459.

Dans les premiers siècles la visibilité même des pénitents place l’accent sur la dimension sociale du péché et en manifeste fortement l’aspect objectif. Tout comme la liturgie du baptême est forte de signes d’agrégation à la nouvelle famille qu’intègre le catéchumène : le lien baptême/pénitence est alors très étroit. C’est l’accent progressivement mis sur le pardon par la contrition qui, d’une certaine manière, fait juger la pénibilité de l’aveu comme une part importante de la satisfaction, en accentue indirectement la dimension psychologique. Tout cela concourt sans doute à faire prendre conscience au fidèle de son "individualité", de sa relation de personne à personne avec Dieu. Cependant le véritable équilibre de ce sacrement ne sera trouvé qu’après le concile de Latran IV (1215) et l’analyse qu’en fera saint Thomas. Haut

2 - La place de l'aveu

Un confessional à Saint-Germain l'Auxerrois - © TekoaphotosL’aveu fait partie de ce qu’on appelle les "actes du pénitent" qui constituent la "quasi matière" du sacrement (ST III.84.1 ; III.90.1/2/3) : il est le résultat d’une contrition parfaite ou imparfaite et s’achève, après l’absolution, par la satisfaction. Le catéchisme de l’Eglise catholique traite plus spécialement de l’aveu aux articles 1455 à 1458, en s’appuyant, entre autres, sur les textes du concile de Trente. Il est d’abord rappelé les bienfaits de la confession qui réinstaure la double communion : avec Dieu et avec l’Église (Cec 1455). Puis l’accent est mis sur l’aveu des péchés les plus secrets (Cec 1456) :

Les pénitents doivent, dans la confession, énumérer tous les péchés mortels dont ils ont conscience après s'être examinés sérieusement, même si ces péchés sont très secrets et s'ils ont été commis seulement contre les deux derniers préceptes du Décalogue (Ex 20,17; Mt 5,28 ), car parfois ces péchés blessent plus grièvement l'âme et sont plus dangereux que ceux qui ont été commis au su de tous" (Concile de Trente, FC 825)

On relèvera, en particulier, la recommandation de la confession fréquente (Cec 1458) qui, en faisant expérimenter la miséricorde de Dieu, tend à nous rendre miséricordieux comme lui. Dans la citation qui est faite de saint Augustin à cet article, il est important d’en saisir le cœur : "Le commencement des œuvres bonnes, c’est la confession des œuvres mauvaises". Puisque la confession des œuvres mauvaises opère comme en tâche de fond dans toute véritable vie chrétienne, alors le chrétien n’en est toujours qu’au commencement des œuvres bonnes. Autrement dit, encore, l’attitude d’aveu est la condition sine qua non pour que se manifestent à travers lui et par l’Esprit Saint, les œuvres du Père.

La confession peut sembler bâtie sur un paradoxe. Une question se pose en effet : comment parler d’un examen de conscience sérieux – et qui conditionne l’aveu – alors que le pénitent est encore enténébré par le péché puisqu’il n’a pas été réconcilié ?

Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché, mais vous dites : nous voyons. Votre péché demeure. (Jn 9, 40-41)

A ce niveau, il faut admettre que la grâce ne fait jamais défaut, qu’elle appelle en permanence à la conversion et qu’en l’homme la lumière divine n’est jamais totalement éteinte. S’il en était autrement il n’y aurait aucune possibilité de retour en cas de péché grave. Le Christ est toujours prêt à faire les frais du portage de la brebis perdue aussi asthénique soit-elle, et incapable de revenir d'elle-même. Cependant l’aveu reste largement tributaire des conditions initiales. Si la lumière humaine est de facto faussée il faut craindre toute sorte de distorsion : péché sur ou sous évalué, difficulté à comprendre ce qu’est l’acte peccamineux, doutes quant au sacrement lui-même et au rôle de son ministre, etc. Au fond, le pénitent aura du mal ou ne pourra même pas dépasser l’aspect moral du péché. Seule la pratique du sacrement, l’expérience répétée de la miséricorde pourra redonner un sens juste du péché. En ce sens, il ne serait pas faux de dire de la confession qu’elle est un sacrement d’initiation. Haut

3 – La préparation de l'aveu

On peut voir tout le temps qui précède l’aveu et l’inclut, comme une figure de cette traversée du désert dont l’Exode est le prototype :
- le pénitent, poussé par l’Esprit, décide de s’arracher à la terre d’esclavage de son péché,
- son retour au Père passe par un désert, un lieu aride que les démons arpentent : "Jésus, rempli d'Esprit Saint, revint du Jourdain et il était mené par l'Esprit à travers le désert durant quarante jours, tenté par le diable" (Lc 4,1-2 ; "Lorsque l'esprit impur est sorti de l'homme, il erre par des lieux arides en quête de repos" (Lc 11,24…). Les tentations de rebrousser chemin, ou de progresser tout en gardant vivace sinon la réalité du moins le souvenir de certains "biens" qu’il a fallu quitter, sont nombreuses : "Ah ! quel souvenir ! le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, les concombres, les melons, les laitues, les oignons et l'ail !" (Nb 11,5). Ce temps peut être long et les atermoiements pénibles. Il faut s'arracher au "goût sans pareil" du péché.

L’expérience oblige à reconnaître une certaine répugnance pour la confession. Le saint Curé d’Ars en donne les raisons :

Pourquoi, me direz-vous, il y en a qui ont tant de répugnance pour la confession, et que la plupart s’en approchent mal ? – Hélas ! Mes frères, c’est que les uns ont perdu la foi, les autres sont orgueilleux et d’autres ne sentent pas les plaies de leur pauvre âme, ni les consolations que la confession procure à un chrétien qui s’en approche dignement.

A travers ces trois groupes d’impénitents, trois motifs se dégagent qui expliquent cette répugnance :
- la perte de la foi,
- l’orgueil,
- ne pas se sentir malade et, du coup, de ne plus sentir le besoin de remède.

Chacune de ces trois causes touche une des trois vertus théologales. C’est évident pour la foi qui peut être atteinte dans plusieurs de ses dimensions, voire perdue … L’orgueil, lui, renvoie à l’Espérance car l’orgueilleux n’attend rien de l’autre, il se suffit à lui-même. Pour les plaies de l’âme on les liera à l’amour car toutes ces plaies béantes sont bien l’image du manque d’être, du mal comme privation d’être.

Ainsi doit-on placer l’aveu des péchés dans la lumière des vertus théologales. C’est-à-dire dans une relation à Dieu qui, seul, nous connaît. L’aveu ne se prépare donc pas dans l’introspection, le préalable n’en est pas "une analyse fouillée de soi" qui permettrait de cataloguer ses péchés et ainsi de s’en libérer. C’est ce que rappelle Jean-Paul II dans une audience générale de 1984.

Dans l’idéal, la préparation de l’aveu devrait donc s’inscrire elle-même dans un contexte liturgique qui, d’une part, réaffirme la communion ecclésiale et, d’autre part, remet la communauté des pécheurs directement sous l’autorité et la lumière de la Parole. Non seulement parce qu’elle est normative mais, surtout, parce qu’elle est vivante, qu’elle épouse toutes les détresses humaines :

Il convient de préparer la réception de ce sacrement par un examen de conscience fait à la lumière de la Parole de Dieu. Les textes les plus adaptés à cet effet sont à chercher dans la catéchèse morale des Évangiles et des lettres apostoliques : Sermon sur la montagne, les enseignements apostoliques : Rm 12-15; 1Co 12-13; Ga 5; Ep 4-6. Cec 1454)

Expression de l'amour de Dieu, sa Parole nous prépare à être mesurés par la miséricorde seule, à "subir" son invasion, ce qui peut être douloureux et ressenti comme une justice sévère. La fin du sacrement de réconciliation ce n’est pas d’être lavés des fautes mais pleinement restaurés dans notre être filial. On peut également dire que, vu du côté du pénitent, ce sacrement "est la communication d’une attitude fondamentale du Fils à l’égard du Père" (AvS_p16). Avouer son péché c’est désigner ces manques d’amour, d’être, que seul Dieu peut combler d’une mesure "débordante"… Fondamentalement la répugnance à se confesser est une conséquence directe du péché originel : malgré la faute, Dieu continue à s’adresser à l’homme (Où es-tu ?). Celui-ci connaît alors l’humiliation car il est obligé d’entendre Dieu lui parler.

Des blessures de tout type, conséquences de la faute originelle, peuvent bloquer douloureusement le processus d’aveu ou bien encore faire proférer au pénitent une parole qui n’est pas véritablement la sienne (liberté plus ou moins captive). Il convient donc d’être attentif à ces freins qui nécessitent souvent des pratiques de guérisons spécifiques, où peuvent collaborer positivement psychothérapeute et prêtre. Nous n’en citerons que quelques uns :
- avoir été témoin d’un péché "scandaleux" d’un prêtre : comment croire, alors, qu’un prêtre agit in persona Christi ?
- avoir été soumis dans l’enfance à différentes formes de violences, psychiques ou physiques qui aboutissent, entre autres, à créer une culpabilité maladive et à faire sienne, en particulier, la faute de l’adulte,
- avoir été confronté à des images très négatives du père (inexistant, pervers, etc.).

Il resterait encore à prendre en compte toutes les altérations de la perception du visage de Dieu ou de soi qui empêchent l’instauration de la relation filiale (du côté de l’homme) :
- Dieu qui se voile la face devant nos fautes,
- Dieu qui punit ou qui se fâche devant la répétition d’une faute,
- Dieu indifférent ou lointain, d’autant qu’il laisse faire le mal,
- le dégoût de soi,
- la faute trop grande pour être pardonnée et l’idée qu’on a péché contre l’Esprit, le péché impardonnable par excellence,
- la honte par rapport à la faute. Elle peut être, notons-le, une atteinte à l’Espérance : "Que notre sacrifice, en ce jour, trouve grâce devant toi, car il n’est pas de honte pour qui espère en toi" (Cantique d’Azarias)
- la honte d’avoir à être évincé d’une communauté, etc. Haut

  • La confession, Adrienne von Speyr, p. 16, éd. Culture et vérité, 1991 Retour §
4 - L'acte de l'aveu

Le mystère de la confession, la source du sacrement, se trouve à la Croix : le Christ, l’Agneau sans tache, accepte de porter le péché du monde, le péché de tous les temps. À la Croix ce péché est exposé dans sa totalité au Père : comme l’a très bien vu A. von Speyr, Jésus se trouve, à la Croix, dans la plus pure des attitudes de confession. Le Père agrée cette offrande puisqu’il ressuscite le Fils. Ce que celui-ci présente au Père c’est cette masse ténébreuse du péché de tous les temps qui l’empêche, dans son humanité, de recevoir encore une seule lumière de Dieu (AvS).

Il est important de noter ce rapport entre le corps et l’aveu. Il est demandé par l’Église, dans le cadre ordinaire du sacrement, un aveu auriculaire c’est-à-dire une participation efficace du corps qui objective l’aveu. Pendant un instant, cette parole d’aveu reste en suspension dans l’espace, air et temps mêlés. On pourrait ne voir dans cette exigence que l’expression d’une sagesse très humaine : ce qui est dit et entendu libère l’homme d’un poids. Mais la perspective sacramentaire ne peut se contenter de ce seul aspect : en fait, c’est tout l’homme qu’il y a à sauver et, "de surcroît", son milieu. C’est ici l’humilité de la matière qui est convoquée, qui doit entrer en résonance avec les blessures de l’âme. Pour que le pécheur puisse rejoindre le Christ il faut que son aveu "prenne chair" car, ainsi que le dit pertinemment A. von Speyr "son corps terrestre était le corps de l’aveu".

Notre péché peut être pardonné car le Christ l’a déjà présenté au Père. Dans notre histoire, chaque aveu, chaque confession entre dans cette part humaine de la Rédemption à laquelle le Seigneur nous demande librement de coopérer. C’est bien à la Croix que nous sommes humiliés dans l’aveu, que nous mourrons le cœur brisé et que nous ressuscitons après chaque absolution. L’événement de la Croix est à nouveau représenté dès que, par l’aveu, nous acceptons de mettre à mort le vieil homme chargé de son péché, de nous présenter au Père dans une attitude d’humilité semblable à celle du Christ. Si nous nous coulons dans sa mort, comme au jour de notre baptême, avec lui nous ressusciterons.

Vis-à-vis de l’eucharistie, le Rituel (au n° 11) rappelle "qu’il n’y a pas de véritable eucharistie sans conversion pour que le don de Dieu porte ses fruits en nous". De fait, on peut souligner la grande complémentarité des deux sacrements :

[Le Christ] nous accorde sans cesse l’absolution qui vient de lui, et qui plus est, il se donne lui-même dans l’absolution comme il se donne lui-même dans l’eucharistie, afin que l’absolution, par les liens profonds qui unissent ce corps au corps du croyant acquière une efficacité ultime et durable (AvS).

C’est à partir de l’événement pascal que les apôtres vont être à même de lier ou de délier : "Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus." (Jn 20,22-23) Haut

5 - Attitude du pénitent

L'aveu difficile, Marais-MiltonL’aspect objectif de la confession, pour que le prêtre puisse plus facilement évaluer la gravité du péché, en voir les vrais tenants et les aboutissants, implique que l’aveu prenne une forme sobre, que son contenu soit objectivement exprimé. Le pénitent n’a pas à y mêler des bribes de diagnostic, à tenter de se disculper, à le théâtraliser. De plus, il n’a "ni à s’avilir, ni à se prostituer spirituellement". Il est important qu’il se laisse éventuellement guider par le prêtre si celui-ci sent qu’il faut approfondir un point particulier. Un pénitent qui regimberait à cette invitation ne serait sans doute pas dans l’attitude filiale souhaitable : malléable et enseignable. L’examen de conscience prépare l’aveu mais ne doit ni le rigidifier ni le clôturer. Ce n’est pas une liste avec des cases à cocher qu’on aurait à relire devant le confesseur. Il faut accepter d’être au plus faible de soi-même à ce moment-là, de ne plus maîtriser certaines choses :

Si on note tout, et qu’on ne fait que lire ce qu’on a écrit, il n’y a plus d’aveu. On a littéralement l’affaire en main, on la présente au prêtre comme un résultat définitif qu’on rapporte ensuite à la maison. Ce qui est écrit et reste écrit n’a au fond aucun rapport vivant avec l’absolution. (AvS p. 89)

Tout comme le prêtre prie et s’en remet à l’Esprit Saint avant, pendant et après l’exercice de ce ministère, le pénitent doit également prier pour que l’Esprit fasse qu’il se souvienne de ce que le Christ a dit (Jn 14,26), qu’il voie en quoi il ne l’a pas écouté. Dans ces conditions, dans cette attitude de sincérité, l’oubli d’un péché – non grave, cela s‘entend – au moment de l’aveu ne doit pas être source d’inquiétude. L’Esprit Saint peut en effet révéler un péché plus important, qui n’avait pas été vu lors de l’examen de conscience, racine de beaucoup d’autres. Par exemple, des péchés de faiblesse récurrents permettent de remonter, souvent, à certaines formes d’orgueil subtil.

Le processus de l’aveu mène finalement le pénitent, en se détachant subjectivement de son péché &nd&sh; il s’y mêle aussi de l’objectivité mais il en sera détaché objectivement par l’absolution – à laisser Dieu disposer de lui-même, à rendre son cœur malléable à ses suggestions, aux missions nouvelles qui lui seront confiées et dont le confesseur pourra être éventuellement le canal. L’aveu des péchés n’est rien d’autre que le désaveu d’une conduite adultérine, de cette union avec la chose mauvaise que la notion de responsabilité évoque, nous l’avons vu. Et cette union a ravagé l’être, a séparé plus ou moins gravement le fidèle du Corps ecclésial, a blessé la relation sponsale que Dieu propose depuis toujours à l’homme, en son Fils. Le pénitent pourra faire sienne cette sobre prière médiévale : "Jésus, sois pour moi Jésus". Jésus y est invoqué comme celui qui guérit, apporte le salut, que l’on peut toucher. La sacramentalité de l’Église donne ainsi sa vraie consistance à l’aveu.

En confessant nos péchés nous participons à la médiation de l’Église, c’est-à-dire, également, à l’intérêt maternel qu’elle porte à chaque pécheur, appelé en permanence à rentrer dans la communion des saints. Chaque membre du Corps mystique, en confessant son péché, a donc souci de l’autre, de tout le Corps. La confession n’est donc pas simplement une affaire personnelle, elle est aussi l’affaire de l’Église. Celle-ci ne laisse pas le pécheur seul avec sa conscience, avec sa contrition dont il n’est jamais sûr qu’elle soit de pure charité : l’Église a reçu de son Seigneur cette possibilité incroyable de remettre les péchés. Ainsi, après l’absolution, le péché n’appartient plus au pénitent, et le prêtre n’a plus à ressasser ce qu’il a entendu : il faut laisser Dieu être Dieu, créateur et recréateur. Haut

6 - Attitude du prêtre

L’attitude du prêtre qui se prépare à recevoir l’aveu reste fondamentalement celle du père de l'enfant prodigue : joie d’accueillir celui qui revient vers le Père, joie d’être l’instrument choisi par Dieu pour ce pécheur particulier qui vient à lui, joie de croire que tout devrait se terminer par une fête. Le prêtre ré-entend à cette occasion que l’Esprit Saint lui a été donné spécialement pour cette mission qui le dépasse : lier ou délier. Cette première attitude du prêtre, son accueil, est très importante : le pénitent doit se sentir encouragé, percevoir une certaine beauté du lieu – intentionnelle et discrète sans doute – où il est accueilli – curieusement, seul, le rituel de l’onction des malades insiste sur ce point – et une attention exclusive du prêtre. Des blessures aux conséquences incalculables, l’abandon du sacrement tout particulièrement, peuvent être le fait des prêtres eux-mêmes :

J'avoue que quelquefois j'ai été moi-même heurté. Séminariste, j'ai vu, pendant que je faisais l'aveu de mes péchés, le prêtre qui m'écoutait lire l'édition sportive du samedi soir. Que faire devant cela ? La réponse, paradoxale, m'a été fournie par une Petite Sœur de Jésus : "Monsieur l'Abbé, lorsque je vois un prêtre comme ça, je m'empresse de lui demander de me confesser, ça l'aidera à avoir la foi dans le geste sacramentel qu'il doit poser." Aller au sacrement pour porter l'autre qui devrait nous porter, c'est tout de même héroïque. (Mgr Francis Frost, extrait d'une retraite)

Il est clair que voir l’aveu dans l'esprit "tribunal" ne peut qu’engendrer ou faire resurgir une honte qui ne permet plus le libre usage de la langue. On ne peut traiter la honte à la légère, ne la voir que comme une "saine" réaction à l’humiliation du pénitent modèle… Placer volontairement celui-ci dans une situation humiliante ou terrifiante c’est agir selon la chair, et il aura raison de fuir. Mais est-il raisonnable de penser qu’il en est encore ainsi à notre époque ?

Le prêtre est également lié par le secret de l’aveu : rien, ni signe ni parole, ne doit trahir quelque chose de ce qu’il a recueilli, pas même et par la suite dans sa relation avec le pénitent :

Qu’il veille absolument à ne trahir en quoi que ce soit le pécheur, par une parole, par un signe ou de quelque autre façon. [Pour celui qui enfreindrait cet ordre] nous décidons que non seulement il sera déposé de sa charge sacerdotale, mais encore envoyé dans un monastère rigoureux pour y faire perpétuelle pénitence. (Concile du Latran, 1215, FC 798)

On pourrait dire du confesseur qu’il a à rester "muet comme une tombe" : ce qui a été mis au tombeau appartient désormais à Dieu. L’aveu, normalement suivi de l’absolution, permet au pécheur de vivre à nouveau son union d’amour avec le Christ : le prêtre se porte garant de cette intimité, devant Dieu et devant les hommes. Enfin, il arrive parfois que le Seigneur donne à son ministre des grâces d’intuition des cœurs qui peuvent aider le pénitent à voir plus clair, ou à confesser des péchés difficiles à avouer. Pour ce grand confesseur qu’a été le saint Curé d’Ars, de nombreux témoignages le confirment :

M. Vianney ne supposait pas, ne devinait pas ce qui demeurait caché au commun des hommes ; il voyait, et cela par une grâce spéciale de Dieu… Chez lui, il est vrai, l’intuition n’était pas continue : tous les cœurs n’étaient pas pour lui des livres ouverts ; le plus souvent, il conseillait de prendre les moyens suggérés par la simple prudence humaine. Mais bien des fois aussi, avant qu’on eût ouvert la bouche, il révélait ce qu’on voulait lui dire et ce qu’on aurait voulu lui cacher... (Le Curé d'Ars, Mgr Trochu, éd. Résiac) Haut

IV – Conclusion

Quoique l’aveu soit central dans le sacrement, il ne conduit pas automatiquement à la réception de l’absolution. On peut avouer un péché grave, le regretter mais, par exemple, ne pas vouloir y renoncer. Ou, en tout cas, ne pas vouloir renoncer aux causes, aux circonstances qui y mènent.

Il y a également le mystère insondable de Judas dont le Christ dira : "Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître !" (Mt 26,24). Pourtant Judas, quand il prend conscience de la conséquence de son acte, avoue correctement son péché : "j’ai péché en livrant un sang innocent" (Mt 27,4) mais il place son péché à une hauteur qu’il juge inaccessible à la miséricorde. Ce n’est pas le cas de Pierre qui sera amené à faire son triple aveu d’amour de "pauvre pécheur" devant Jésus et les autres apôtres.

L’aveu personnel et le repentir suffisent à obtenir l’absolution. Mais il faut se rappeler que toute eucharistie commence aussi par cet aveu public où chaque fidèle reconnaît devant Dieu et devant ses frères qu’il a "péché en pensée, en parole, par actions et par omission." Dans Lumen Gentium 11, l’Église nous rappelle cette double dimension du sacrement :

Ceux qui s'approchent du sacrement de Pénitence y reçoivent de la miséricorde de Dieu le pardon de l'offense qu'ils lui ont faite et du même coup sont réconciliés avec l'Église que leur péché a blessée et qui, par la charité, l'exemple, les prières, travaille à leur conversion.

Ainsi donc l’aveu, s’il s’adresse d’abord à Dieu le Père, s’adresse également – sous un autre mode, public mais non détaillé – au Corps Église qui manifeste la communion des saints dans le Fils. Prières, sacrifices cachés, actes de foi et de charité, conversions, etc. représentent cette participation à l’action rédemptrice du Seigneur. Action qui commence par l’illumination des cœurs, illumination sans laquelle le péché ne pourrait être ni découvert ni avoué. Action qui se termine par la réconciliation et la guérison du membre blessé, pour la joie de tous, sur terre comme au ciel… Haut

JCH

Bibliographie et abréviations
  • • Encyclique La Miséricorde divine, Jean-Paul II, 1980
  • • Exhortation apostolique Réconciliation et pénitence, Jean-Paul II, 1984
  • Cec : Catéchisme de l'Eglise catholique, articles 1422 - 1498
  • ST : Somme théologique, saint Thomas d'Aquin
  • FC : La Foi catholique,, G. Dumeige, éd. de l'Orante, 1993
  • La confession, Adrienne von Speyr, éd. Culture et Vérité, 1991
  • Le pardon transfiguré, Jean Laffitte, éd. de l'Emmanuel
  • Sacrement de la réconciliation et vie spirituelle, Jean-Claude Sagne, éd. de l'Emmanuel
  • Collectif, La Maison Dieu, n° 117, éd. Cnpl
  • La Honte, Serge Tisseron, éd. Dunod, 1998