Accueil Les sacrements : le mariage, pour la vie

Giotto, le mariage de Marie et de Joseph, © D.R. Le mariage chrétien s'appuie sur le mariage tel que les êtres humains l'ont vécu et célébré, depuis des temps immémoriaux. Le Petit Robert en donnait une définition claire et simple : l'union légitime entre un homme et une femme. Le mariage tel que le conçoit l'Église est à l'image de ce que le Christ a voulu : s'unir, par amour, à notre humanité pour la sauver. En tant que sacrement le mariage est appelé à rendre témoignage de ce grand mystère qui implique indissolubilité et fidélité jusqu'au bout. Chaque personne, "une de corps et d'âme", en se mariant à l'église, choisit librement de vivre cet engagement. Dieu lui-même s'y implique.

Giotto, les noces de Cana, © D.R.

"il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité avec ses disciples" (Jean 2,1-2)

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La lettre d'intention :
les quatres piliers

Il est demandé aux fiancés de rédiger une lettre dans laquelle ils signifient qu'ils ont bien compris ce qu'était le mariage pour l'Église catholique. Quatre points sont essentiels :
- la liberté : aucune pression, d'aucune sorte, ne doit avoir suscité le mariage,

- la fidélité à l'autre,

- l'indissolubilité : Dieu s'engage dans le lien contracté par les époux. Ce lien ne peut donc être dissous. On se marie pour la vie,

- l'accueil des enfants et leur éducation dans la foi catholique.

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La nullité :
un recours possible

Le droit du mariage des chrétiens prévoit l'éventualité de la nullité de ce sacrement. En effet, dans le sacrement de mariage, l’homme et la femme posent, en alliance avec Dieu, un acte humain, c’est-à-dire un acte qui doit être lucide et libre. La connaissance qu’ils ont de l’engagement matrimonial conforme à l’esprit évangélique, ainsi que la volonté de le contracter, doivent donc être exemptes de toute défectuosité grave.

Si le fidèle a quelque doute quant à la validité de son sacrement de mariage, il est en droit de demander à l’Église d’examiner son engagement. Cela se fait dans une procédure spéciale appelée “cause en déclaration de nullité de mariage”.

La déclaration de nullité de mariage prend en considération une carence grave qui marque le consentement au jour du mariage, et non un échec seulement postmatrimonial. C’est la raison pour laquelle la longueur de la vie commune, ainsi que le nombre des enfants, ne sont point des obstacles à une telle démarche. De plus, dans une sentence de nullité, personne ne laisse entendre qu’il n’y a jamais eu entre les époux de lien émotionnel, physique, moral ou personnel, ou bien que le passé est effacé comme s’il n’avait jamais existé.

Il est bien entendu que l’Officialité ne "juge" pas les conjoints pour déterminer qui a tort ou qui a raison, mais seulement la qualité de leur consentement, en répondant à la question : “le mariage célébré tel jour en tel lieu entre telles personnes, est-il valide ou non, et cela, pour quel motif ?" (Réf.)

Que signifie "pour la vie" ? Il y a au moins deux manières de comprendre ce titre :
- d’abord, on ne se marie pas "à l’essai". Le mariage est un projet qu’il convient de mener jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au bout d’une vie, que ce soit au milieu des épreuves ou sous un ciel serein,
- mais "pour la vie" renvoie également à la fécondité du mariage : on pense d’abord aux enfants à venir, mais ce n’est pas la seule fécondité du mariage. On ne peut imaginer de mariage chrétien sans cet accueil de la vie. Il convient donc de commencer par préciser ce que cette fécondité veut dire. Haut

I – L’ouverture à la fécondité
A – Fondements scripturaires
1 - Un appel à la générosité, à l'image de celle de Dieu

On trouve dans le premier récit de la Genèse – le récit des commencements – ce commandement : "Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la" (Genèse 1,28). Ici c’est Dieu, en tant que créateur, qui parle. Cette parole s’inscrit dans la logique de la création. La création n’est pas une fabrication. Dans le récit des origines on assiste à la création du cosmos en 6 jours. Au 7ᵉ jour (Gn 2,2-3), qui n'est pas un jour comme les autres puisqu'il n'a ni soir ni matin, il est dit que Dieu se repose. Il faut interpréter cette parole comme un certain retrait de Dieu par rapport à sa création : ce retrait ne signifie pas qu’il s'en désintéresse mais que, au contraire, il invite l’homme à "pendre en mains" cette création, à ordonner le monde avec ce qu’il a donné à l’homme de plus fondamental : sa liberté. Dieu, donc, invite l’homme à faire l’expérience de coopérer pleinement à cette œuvre de création.

Etre créateur, pour l’homme, consiste donc, d'abord, à susciter de nouvelles libertés par la génération. Et quand il lui est demandé de "soumettre" la terre cela ne veut pas dire "exercer un pouvoir arbitraire" mais, tout aucontraire, cette soumission est conséquente de la fécondité. Ce ne peut donc pas être une soumission de la terre aux besoins égoïstes de l’homme. Il y a là un appel à la générosité dans le don de la vie.

On trouve également chez Saint Luc cette parole de Jésus : "Donnez et l’on vous donnera" (Luc 6,38). Il s’agit encore ici, non d’une logique du "donnant/donnant" mais d’une logique de surabondance.

Celui qui donne, entre dans une dynamique de vie qui est une logique de surabondance. Plus on donne, plus on peut donner parce que les biens immatériels, l’amour en particulier, se multiplient à l’infini. C’est une vie d’union au Christ, au Fils, qui nous fait entrer dans cette logique car le Fils, justement, est celui qui reçoit tout du Père et redonne tout. Haut

2 – La différence sexuée

Ce que l’on trouve également dans ce premier récit de la Genèse c’est une vérité essentielle : "Dieu créa l’Homme à son image, homme et femme il les créa" (Genèse 1,27). Dans le monde de confusion où nous vivons, certains n’hésitent pas à nier cette différence, en la ramenant à quelque chose de purement culturel ou d'accidentel, au sens où on pourrait le dire de la couleur des yeux : elle n'est pas essentielle.

Ce verset de la Genèse invite à réfléchir sur cette différence fondamentale voulue par Dieu. Nous devons accepter les différences et, en premier lieu, la différence sexuelle dans toutes les dimensions de la personne : physique, psychique, spirituelle. L’homme et la femme ne réagissent pas aux événements, ne prient pas, etc. de la même manière. C’est entre l’homme et la femme que se vit la plus grande altérité qui sauve de la recherche du "même". Rechercher dans l’autre un visage de soi-même conduit à la mort ; à la mort de celui qui se recherche dans l’autre – n’oublions pas ce qui est arrivé à Narcisse : la mytologie nous dit toujours quelque chose d'important sur l'homme – et à la mort de l’autre qui est transformé en mirroir, en objet. Haut

3 – Le Péché Originel comme obstacle au don

Le Péché Originel est un obstacle au don de soi et au don de la vie. Au chapitre 3 de la Genèse nous trouvons le récit de ce qui est appelé le "Péché originel". En résumé il a consisté, pour le premier couple à décider, d’eux-mêmes, ce qui était bien ou mal, d'être donc à l'origine de leurs lois de "bon fonctionnement". Cette décision équivaut au refus d’être une créature, de dépendre d'un autre, transcendant ; c’est penser qu’il est possible de vivre et de connaître le bonheur sous une loi simplement auto-proclamée.

Dans toute société, le refus d’une loi, d’un "inter-dit" engendre la violence, le meurte (Abel et Caïn), la jalousie, etc. Ce fameux Péché Originel a donc eu des conséquences néfastes pour toute l’humanité, et pour la nature elle-même, puisque matière et esprit sont intimement liés. Il est, fondamentalement, un obstacle :
- au don de soi : l’homme, coupé de Dieu, vit dans la peur de l’amour gratuit qui est la caractéristique fondamentale de Dieu ("j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché", Gn 3,10), la peur du don : de soi du côté des parents, d’être abandonné du côté de l’enfant,
- au don de la vie : danger du couple replié sur lui-même ; difficulté à engendrer de "vrais fils" plus que mettre au monde des enfants… C’est ainsi qu’il faut interpréter le verset 16 du chapitre 3 : "dans la peine tu enfanteras des fils". Haut

B – Paternité et maternité responsables

On entend dire que l’Église est contre ceci et cela, qu’elle a une politique nataliste, etc. Mais l’Église est d’abord au service de la vie. Elle s'en fait la protectrice, du premier au dernier moment. Que recouvre l’intitulé "paternité et de maternité responsables" ?

1 – L’enfant comme don et non comme dû

Au sein d'un couple, la stérilité n'est pas un drame, elle peut ouvrir une autre voie au don de soi : l’adoption en est une. Accueillir la vie, c’est d’abord une attitude du cœur, du cœur ouvert. Un enfant n’est jamais un "dû" : nous n’avons aucun droit de ce genre à faire valoir. L’enfant est toujours un don de Dieu. Comme des fiancés sont eux-mêmes, des dons de Dieu, l’un pour l’autre. Si nous pensons que l’enfant est un dû, alors il faut s’interroger sur ce désir d’en avoir un "à n’importe quel prix". S’il en est ainsi, alors l’enfant devient une marchandise (cf. la GPA : gestation pour autrui), un objet de possession à travers lequel on veut se prouver quelque chose à soi-même ou aux autres.

Renoir : Portrait de Madame Charpentier et de ses enfants - © D.R.Avoir des enfants est une bonne chose mais cette fin ne justifie pas tous les moyens. Pensons par exemple au roi Baudoin et à la reine Fabiola : ils ont eu à vivre la souffrance d’une stérilité mais cela leur avait permis de comprendre que Dieu leur demandait : de faire vraiment leurs tous les enfants de leur pays qui connaissait d’importantes divisions. Notre société peut sembler paradoxale, voire incohérente : d’un côté elle encourage la contraception et l’avortement et, de l’autre, au moindre problème, elle pousse à la fécondation artificielle ou à l'abomination de la GPA.

Ce n’est qu’un paradoxe apparent. Ce qui est en jeu c’est un désir de toute-puissance, de vouloir tout maîtriser. Dans ces conditions la notion même de don perd de son sens, tout comme la gratuité devient suspecte.

Si l’enfant est considéré comme un dû, alors il est la propriété de ses parents et, à partir de là, il est impossible d’éduquer l’enfant à la liberté, à choisir le bien, puisque l’enfant est aliéné dans sa liberté.

Mettre sa vie dans la lumière du don c’est s’en remettre avec confiance au Père des cieux, à sa bienveillance, c’est être parfaitement fils, c’est vivre en vérité de son baptême. En cas de stérilité avérée pourquoi, par exemple, ne pas se tourner vers l’adoption ? Il arrive souvent qu’un tel choix "débloque" une stérilité qui semblait invincible. Haut

2 – Le lien entre union et procréation

L’Église demande à ne pas dissocier l’union des corps et la procréation. Cette dissociation est justement effective dans la fécondation in vitro. L’Église est prudente par rapport à de telles techniques car elles ont de nombreuses conséquences surtout quand elles font intervenir un tiers donneur (méthode hétérologue) : là se posent inévitablement des problèmes moraux. Et puis ces actes techniques et éprouvants ne sont pas très romantiques.

Il y a aussi le problème des embryons surnuméraires : qu’en faire ? A ces problèmes éthiques se grefferont au final des effets psychologiques qui seront induits par tout ce contexte. En effet l’enfant pourra se dire : "j’aurai pu être détruit comme les autres" ; il a le sentiment d’un profond arbitraire, ce qui génére toujours de l’angoisse : c’est ce qu’on appelle le syndrome du survivant... Haut

3 – Régulation des naissances ou contraception ?

L’Église fait la différence entre régulation des naissances et contraception. Est-ce hypocrite ? Apparemment le but est identique : pourquoi tel moyen et non tel autre ? Les méthodes naturelles sont plus exigentes car elles nécessitent un dialogue, une attention particulière à l’autre. Mais c’est aussi un moyen de se connaître et d’apprendre à connaître l’autre dans sa différence sexuelle. Il faut rester discret sur cette intimité du couplefaut car le regard extérieur n’est pas toujours bienveillant. Haut

4 – La notion de gradualité. Le rôle de la conscience

La voie de l’Église est toujours celle de la miséricorde ; elle est consciente d’une nécessaire gradualité dans la mise en pratique de ce qu’elle conseille, en fonction même de ce que chaque personne de bonne volonté peut comprendre et accueillir à un certain moment de sa vie. Il y a un trajet, une progression : on ne peut pas répondre tout de suite à certaines exigences. Une chose est de comprendre "intellectuellement" ce qui est demandé, une autre est de le comprendre "dans son cœur", c’est-à-dire au plus profond de nous-mêmes, là où Dieu demeure en nous. C'est un chemin de conversion, de sainteté. Ce que l’Église enseigne toujours c’est de suivre sa conscience, même si le jugement est erroné. En revanche, chacun a le devoir d’éclairer sa conscience. Haut

II – Le mariage comme témoignage
A – Fondements scripturaires

Saint Paul parle à plusieurs reprises de ce que doivent être les rapports au sein de la famille. On peut lire, par exemple, dans Ephésiens 5,21 :

1 – "Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ"

La soumission réciproque dont parle l'apôtre nous renvoie encore aux premiers chapitres de la Genèse : ce n’est pas symétrique. Il faut se souvenir des grandes orientations qui caractérisent l’homme et la femme. L’homme est plutôt celui qui organise, construit et qui utilise fortement ses capacités rationnelles spéculatives. La femme est plutôt celle qui accueille, a le souci de l’autre et qui met en œuvre son intelligence intuitive. Chacun dans son ordre, doit écouter l’autre : l’intuition demande à être vérifiée. Et inversement la raison doit être attentive à l’inspiration, à l’intuition.

Pour la femme comme pour l’homme c’est un appel à l’humilité, à reconnaître qu’on a besoin de l’autre, qu’on à besoin de l’autre pour voir Dieu. On doit contempler en l’autre un don particulier de Dieu qu’il faut faire fructifier. Aimer c’est aider l’autre à trouver sa vocation, à quoi Dieu l’a appelé. De cette manière l’autre peut devenir transparent à Dieu. Quand Dieu peut passer ainsi à travers quelqu’un, tous les membres de la famille – mais aussi les proches plus lointains ! – en sont illuminés.

On trouve encore :
- dans Ephésiens 5,25 : "Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle"
- ou dans Ephésiens 5,32 : "Ce mystère est de grande portée, je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église".

Saint Paul veut nous dire ici que, à partir d’une réalité "d’en-bas", le mariage, il est possible d’accéder à une réalité "d’en-haut", l’union Christ/Église, le don total du Christ pour son Epouse. Fondamentalement c’est le même mystère. Le mariage est, dans notre monde, ce qui doit manifester de la façon la plus merveilleuse l’amour de Dieu pour les hommes.

L’homme et la femme ont une égale dignité, ils sont créés tous les deux à l’image de Dieu. Cela veut dire qu’au niveau visible, qu’au niveau du témoignage, ce sont les relations entre ces deux images de Dieu qui vont faire le plus parfaitement comprendre qui est Dieu. Pour cette raison, au moins,chacun a besoin d’un père et d’une mère. Le quatrième commandement est formulé ainsi : "Tu honoreras ton père et ta mère". Il n’est pas dit "Tu honoreras tes parents". Ce qu’on doit honorer c’est la manière dont Dieu se donne, par le père d’une part, et par la mère d’autre part. Ce n’est pas n’importe quoi ! Haut

  • ...afin d’avoir longue vie sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donne. (Ex 20,12). Seul commandement assorti d’une promesse (cf. Ep 6,1-3)
2 – "Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’église"

"Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle" (Ephésiens 5,25) reste dans cette ligne : c’est une exhortation très exigeante pour l’homme. Comment peut-on dire que saint Paul était mysogine ? Haut

3 – Le couple comme sacrement

Ces textes font comprendre que l’union entre l’homme et la femme institue le couple comme sacrement dans ce monde (dv), c’est-à-dire comme signe sensible de la présence du Christ, de Dieu au milieu de nous. Jésus rappellera aux Juifs qui avaient fait passer dans leurs lois la répudiation, qu'il n'en était pas comme cela à l'origine et que "Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer" (Marc 10,9) Haut

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Les divorcés remariés

Dans le sacrement du mariage, les époux ne sont pas seuls à s'engager l'un envers l'autre, Dieu s'engage totalement dans ce lien : il y est présent et actif par sa grâce. Et Dieu, lui, est fidèle à ses alliances. C'est pourquoi un homme e une femme ne peuvent rompre ce lien d'eux-mêmes. Comme le dit saint Paul le mystère de l'union du Christ à son épouse l'Église est de même nature que ce mystère d'union entre époux. Du point de vue sacramentel le remariage de divorcés est donc un contre-témoigage, d'où la demande de l'Église aux divorcés remariés de ne pas communier. Ce qui n'empêche pas d'avoir une vie spirituelle très riche et féconde. La seule manière de se dégager du lien de mariage contracté en Église est de demander une reconnaissance en nullité. Cette reconnaissance, si elle est obtenue, signifie qu'en fait ce qui a été célébré n'était pas un mariage au sens où l'entend l'Église. Parce que, par exemple, une chose importante a été cachée à l'un des deux contractants avant l'échange des consentement.

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B – Le couple et la famille, témoins du Christ vivant

Il y a donc une vocation propre au couple, et plus généralement à la famille, d’être les témoins du Christ dans ce monde. Chaque baptisé est, d’ores et déjà, configuré au Christ. Comme lui il est appelé à ressusciter et à vivre de la vie divine.

1 – Le mariage comme appel à la sainteté

La grâce du baptême doit se déployer dans chaque état de vie et en particulier au sein du couple : le mariage doit être vécu comme réponse à un appel à la sainteté. Cette grâce baptismale, cet appel de Dieu à vivre en fils, doit se déployer tout au long de notre existence. Dans le mariage chacun doit être pour l’autre une aide à entrer dans ce chemin de sainteté puisque le but de la vie n'est pas de nous éterniser sur terre mais de vivre cette union à Dieu comme le Christ nous l’a montré. Nous avons à préparer notre vie au Ciel.

Ainsi le mariage n’est pas "la somme de deux célibataires", ce n’est pas non plus résoudre à deux des problèmes qu’on n’aurait pas eu seuls. Les prêtres sont souvent surpris de ne pouvoir discerner si la personne qui se confesse est célibataire ou mariée. Ce qui signifie que beaucoup vivent en célibataire, raisonnent en célibataire au cœur même de leur mariage ! Et c’est d’autant plus vrai que l’on se marie tard : on reste célibataire de la gestion de son budget jusque dans sa vie spirituelle. Nous savons que le lien conjugal unit les deux personnes en une seule chair, selon l’expression de Genèse 2,24. On comprend dès lors qu’il ne puisse y avoir d’acte posé par l’un ou l’autre conjoint – en particulier, ceux touchant à la vie ou à la sexualité – qui n’ait de répercussion chez les deux.

Dans le mariage la complémentarité homme/femme est très importante, très enrichissante. Chacun doit faire de l’autre un chef d’œuvre, avec la grâce de Dieu ! Il faut avoir cela dans le cœur avant de se marier.

Chacun doit désirer d’abord le bonheur de l’autre : ainsi peut se vivre le véritable amour parce que c’est l’amour même de Dieu pour nous, c'est un décentrement de soi, c'est un combat contre l'égocentrisme.

Ceux qui cherchent en l’autre un moyen de s'épanouir sont sur une très mauvaise voie : l’autre est une fin en soi, non un moyen. Faire croître l’autre dans la vie de Dieu n’est certainement pas facile car les rythmes de l’un et de l’autre sont différents, et il faut composer avec des déterminismes et des blessures qui ont tendance à replier l'être humain sur lui-même. Et puis chacun n’est pas au même niveau dans sa vie spirituelle. Le mariage est une école de patience, surtout quand les enfants arrivent... Haut

2 – Les enfants : l’éducation à la liberté et à l’amour de la vérité

Il est bon d’avoir en tête quelques grands principes pour ne pas faire d’erreurs trop importantes s'agissant de l'éducation. Ces "principes" sont à trouver, encore une fois, dans la Bible qui est un livre de vie. Il faut se souvenir sans cesse que l’homme est marqué par le Péché Originel qui imprime un gauchissement à sa nature. Une des conséquences en est une ambiguïté dans notre conception de l’amour. Notre amour est souvent possessif, fusionnel ; il doit être purifié. Il est dit à la femme, nous l’avons vu : "dans la peine tu enfanteras des fils". Ce n'est pas une punition mais un appel à la vigilance : elle aura du mal à se détacher – dans le bon sens du terme – de ses enfants, car l’enfant, naturellemnt, est une vraie part d’elle-même.

Il n’en est pas de même de la paternité : la paternité, pas la simple paternité biologique, ne peut s’exercer que si la femme le veut bien et si le père ne la fuit pas (pas sa femme mais sa paternité…). La paternité consiste justement à éduquer l’enfant à la liberté, à le situer par rapport aux autres, à la Loi, et, par conséquent, à le séparer de sa mère. Séparer ne veut pas dire éloigner. Entendons ce verbe au sens où on le trouve dans le premier récit de la Genèse : Dieu crée en séparant, en marquant des limites.

Rien ne peut exister si les limites ne sont pas claires : on dit à juste raison que les berges sont la chance du fleuve. Nous avons donc à imiter Dieu qui n’a jamais cessé de nous aimer tout en se faisant discret : lui-même s’impose une limite, celle du septième jour. L’amour de Dieu n’est jamais pesant. Il ne faut pas oublier que pour l’enfant, le premier "autre" est justement le père et qu’un jour, il aura à donner une réponse à Dieu qui est le "Tout Autre". Il ne pourra être vraiment fils que s’il a reconnu, expérimenté, la présence du père avec tout ce que cela veut dire : une autre manière d’aimer, de faire découvrir le monde, d’expérimenter l’autorité qui fait grandir. Haut

3 – La famille comme "Église domestique"

La famille est vraiment le lieu fondamental où l’on peut apprendre à vivre selon le cœur de Dieu. On y apprend ce qu'est l'amour dans ces dimensions : fondamentales : l'amour sponsal, l'amour fraternel, l'amour de la mère et l'amour du père.

On parle souvent de la famille comme "Église domestique" : la plus petite Église c’est la famille. Toute la vie d’amour et de pardon qui s’y manifeste est, en soi, évangélique, annonciatrice du salut. Apprendre à aimer au sein de la famille c’est pouvoir aimer encore plus ceux qui nous sont donnés, que nous rencontrons à l’extérieur, sur les lieux de travail ou de détente. Ainsi le mariage est aussi pour la vie de l’Église, c’est-à-dire le Corps mystique du Christ. Il ne s’agit pas tant d’accroître ce Corps en nombre mais en puissance d’amour. Jésus a dit : "Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé !" Que chaque foyer chrétien en soit la vivante image.

JCH

Références
  • Les tâches de la famille chrétienne, Jean-Paul II, 1981
  • Evangile de la vie, Jean-Paul II, 1995
  • Catéchisme de l'Église catholique, articles 1601 - 1666
  • Famille, mariage et "union de fait", Conseil pontifical pour la famille, Téqui
  • La sexualité selon Jean-Paul II, Y. Semen, éd. Presses de la Renaissance
  • La famille, un bonheur à construire, Mgr André Vingt-Trois, Parole et Silence
  • Itinéraire spirituel du couple, T1 et T2, Jean-Claude Sagne, éd. Saint Paul / Chemin Neuf
  • Amour, mariage et sexualité d'après la Bible, Jacques de Longeaux, Mame
  • Aimer en actes et en vérité, Alphonse d'Heilly, Saint Paul / C.L.E.R.
  • Amour conjugal et vocation à la sainteté, Jean Laffitte et Livio Melina, éd. Emmanuel, 2001
  • Un site : beaucoup de réponses autour du mariage et des difficultés conjugales